Avant d’aborder le sujet délicat de la religion, l’enseignant demandera
tout d’abord aux enfants si leur famille ou des familles de leur voisinage
prennent part aux pratiques religieuses courantes dans leur pays.
Il leur demandera ensuite s’ils connaissent quelqu’un dans leur pays
qui pratique une religion différente ( ou encore s’ils ont lu dans
un livre, ou vu au cinéma, ou à la télévision qu'il existe des gens
qui pratiquent des religions différentes, y compris d’anciennes religions
aujourd’hui abandonnées, comme celles de la Rome ou de l’Egypte antiques).
À partir de la constatation qu’il existe plusieurs religions, l’enseignant
peut passer à la question : “ Qu’est-ce qu’une religion ? ”
.
Le sentiment religieux
On a décrit les êtres humains comme des animaux religieux. Nous ne
savons pas ce qui se passe dans la tête d’un chat, d’un chien ou d’un
oiseau, mais il semble que les animaux n’ont pas de religion ( même
si quelqu’un a prétendu, un jour, que lorsqu’un chien aboie à la lune,
c’est une façon pour lui de reconnaître l’existence de quelque chose
au-delà de son propre monde). En revanche, tous les peuples sur lesquels
nous avons quelques informations manifestent l’existence d’un sentiment
religieux.
Comme nous le verrons plus loin, il y a des religions qui croient
en un dieu unique ( ce sont les religions monothéistes) et d’autres
qui croient en une multitude d’entités religieuses, comme les dieux
de l’antiquité gréco-romaine, ou l’esprit de l’eau, des arbres etc
(les religions polythéistes) ; il y a des religions qui utilisent
des églises ou des temples et d’autres qui honorent leurs dieux dans
l’environnement naturel ; il y a des religions qui représentent leurs
dieux sous la formes de statues ou d’images peintes et d’autres qui
les vénèrent dans un rocher et d’autres encore qui semblent n’avoir
aucun objet concret de vénération ou d’adoration. Mais avant de décider
ce qu’est réellement une religion, il conviendrait d’établir en quoi
consiste la nature du sentiment religieux qui semble exister dans
toutes les communautés humaines d’hier et d’aujourd’hui .
Pourquoi ?
Les enfants commencent très tôt à harceler leurs parents de “ pourquoi
? ”. Pourquoi le soleil produit-il de la lumière ? Pourquoi l’eau
est-elle mouillée ?etc…etc… Le sentiment religieux commence de se
manifester quand les gens se demandent pourquoi ils existent, ou pourquoi
l’univers ( le monde, le ciel, le soleil, la lune, les étoiles ) existe
et comment il a commencé d’exister.
Ces “ pourquoi ” portent d’abord sur le passé, le présent et l’avenir.
En ce qui concerne le passé, les êtres humains se demandent si l’univers
a été créé par quelqu’un. En ce qui concerne le présent, ils s'interrogent
pour savoir comment vivre et se comporter avec leurs proches, et si
l’être qui a créé le monde intervient d’une façon ou d’une autre pour
les aider, les protéger, les juger, les récompenser ou les punir éventuellement
avec la collaboration de certaines “ aides ” tels que des anges, des
esprits ou autres forces de la nature.
De même, tous les êtres humains se rendent compte que certains aspects
de la vie sont mauvais (comme, par exemple, la maladie, la mort, la
perte des êtres aimés ou des choses auxquelles on est les plus attaché
). Ils se demandent pourquoi tout ne se passe pas comme ils le voudraient
et si ce qu’ils perçoivent comme néfaste se passe avec l’autorisation
de l’être qui a créé le monde, ou non, et si oui pour quelle raison.
Au bout du compte, ils se demandent ce qu’il adviendra d’eux, et des
autres, après la mort. Tout se termine-t-il dans le néant ou bien
le créateur du monde prend-il soin de ses créatures après leur mort
?
Toutes ces questions ( dont nous reparlerons dans la seconde partie
de ce chapitre) sont l’expression du sentiment religieux et ce sont
elles qui ont initialement donné naissance aux différentes religions
dont nous parlerons dans la première partie.
Transcendance et Immanence
D’une manière générale, les religions reconnaissent l’existence de
quelque chose qui nous est supérieur, que nous ne pouvons ni voir
ni toucher mais dont nous sommes dépendants. On distingue entre les
religions qui reconnaissent un principe transcendant et celles qui
reconnaissent un principe immanent.
Par principe transcendant, nous entendons une entité divine qui n’appartient
pas à notre univers et qui est fondamentalement différente de nous.
Elle est de nature spirituelle et réside dans le ciel ou ailleurs.
Selon certaines religions ce principe transcendant a non seulement
créé l’univers mais s’est aussi manifesté aux êtres humains à travers
une révélation qui leur est transmise par le canal de textes sacrés.
Par principe immanent, nous entendons une cause (ou un système de
causalité) qui appartient à notre univers, et qui est souvent considérée
comme étant l’entité divine elle-même ; ou bien ce sont les nombreuses
forces en action dans l’univers ( l’air, le feu, et les diverses forces
naturelles telles que le vent, le soleil ou les étoiles) qui sont
considérées comme différents aspects de la dimension sacrée.
A quoi croient les incroyants ?
D’une certaine manière, ceux qui ne reconnaissent aucune sorte de
religion (et qu’on appelle les agnostiques et les athées) participent
également à une forme de sentiment religieux.
Les agnostiques sont des gens qui pensent qu’on ne peut pas apporter
de réponses aux questions posées plus haut. Ils réfutent donc les
réponses apportées par les différentes religions. Cela ne veut pas
dire, cependant, qu’ils sousestiment l’importance de beaucoup de ces
questions. Ils s’efforcent donc de définir leurs propres valeurs (cf
2.1.4.1)
Pour les athées, l’univers n’a pas été créé par quelque entité transcendante.
Ils sont le plus souvent convaincus de pouvoir prouver cela scientifiquement.
Il pensent aussi que la véracité des révélations des diverses religions
ne peut pas être prouvée. Un certain nombre d’entre eux acceptent
l’existence d’un principe immanent, tout en pensant que si l’entité
divine s’identifie à l’univers dont nous faisons partie, cela signifie
qu’il n’existe pas de dieu autre que nous-même. Tout comme les agnostiques,
les athées s’efforcent de respecter un certain nombre de valeurs fondamentales
(cf 2.1.4.1)
Certains êtres humains ne croient en aucune entité divine. Parce que
dieu n’existe pas, ils pensent que l’homme est libre d’agir comme
bon lui semble et qu’il peut, pour assouvir ses désirs, tuer, voler,
ou piétiner les droits d’autrui. Ces cas sont cependant beaucoup plus
rares qu’on ne le pense. Il est très rare qu’un être humain ne s’interroge
pas sur ce qui est bien et sur ce qui est mal, et ne se sente pas
solidaire des autres, au nom de liens d’ordre affectif, moral ou communautaire.
Il en est ainsi parce que les être humains sont fondamentalement des
animaux sociaux, ce qui signifie qu’ils ne peuvent survivre qu’à la
condition d’être reconnus, aimés et aidés par d’autres. Lorsque des
gens s’interrogent sur leur relation à autrui et se demandent pourquoi
ils ressentent des attachements, ils formulent une certaine forme
de sentiment religieux, même s’ils ne croient en aucune religion.
Structure du chapitre
La première partie (qui met en lumière la diversité des traditions
religieuses) traite des aspects concrets de l’expérience religieuse,
c’est-à-dire des différentes pratiques religieuses. Ce sont les
aspects auxquels les enfants peuvent le plus facilement se rattacher.
Nous commençons par donner quelques notions de base à
propos de chacune des principales religions dans le monde ( tout
en demandant au lecteur de nous envoyer de brèves présentations
des nombreuses religions qui ne figurent pas sur notre liste) dans
l’intention d’éradiquer quelques-uns des préjugés les plus profondément
ancrés. Ceux de nos lecteurs qui souhaitent trouver des compléments
d’information sur chacune de ces traditions religieuses sont invités
à consulter des sites Internet plus particulièrement consacrés à
chacune d’entre elles.
Nous présentons également le point de vue des athées et
des agnostiques. Nous essayerons ensuite d’encourager nos lecteurs
à acquérir une compréhension équitable de chacune des traditions
religieuses en comparant différentes cérémonies religieuses : par
exemple, dans la partie consacrée aux rites de passage marquant
les principales étapes de la vie humaine ( 1.2.3) nous comparerons
la façon dont les hindous, les juifs, les chrétiens, etc… célèbrent
les mariages, les funérailles et d’autres cérémonies.`
Dans la seconde partie de ce chapitre ( qui traite de la réponse
qu’apporte chaque religion aux grandes questions universelles) nous
essayerons de démontrer de quelle manière, face aux problèmes identiques
de l’existence, les différentes religions ont élaboré des solutions
spécifiques. Nous ne serons bien sûr pas en mesure de fournir des
analyses approfondies des positions adoptées par chaque doctrine
religieuse au sujet des origines de l’univers, de la vie et de la
mort, de la souffrance, du bien et du mal. Nous devrons donc nous
limiter à quelques exemples et nous demandons une fois de plus à
nos lecteurs de combler les lacunes de ce manuel interactif à l’aide
de leurs contributions.
Alors que les deux premières parties sont consacrées à la description
de certaines religions, nous nous attacherons dans la troisième
partie (qui traite des attitudes à l'égard de ceux qui croient à
une religion différente de la nôtre) à parler des conflits, persécutions,
guerres et exterminations perpétuées aux noms des croyances religieuses.
Nous demanderons alors aux enfants s’ils perçoivent une contradiction
entre les principes abstraits énoncés par les religions en question
et ce genre de comportement. L’objectif est de stimuler les discussions
de groupe afin d’encourager les enfants eux-mêmes à suggérer des
moyens pour permettre aux différentes convictions religieuses de
coexister pacifiquement.
Comme dans le précédent chapitre d’Enseigner la diversité,
chacune de ces trois parties sera subdivisée en cinq sections: Idée
de base, En savoir plus, Exemples, Exercices et Citations (pour
trouver plus d’informations sur l’objectif de chacune de ces sections,
reportez-vous à l’introduction
d’Umberto Eco).
|